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Le 1er octobre 2014, le Conseil des relations internationales (Council on Foreign Relations), un organisme américain, a publié le rapport de son groupe de travail intitulé « Amérique du Nord, changement de focalisation« .

Le rapport vise à favoriser le renforcement des relations entre les pays de l’Amérique du Nord au moyen de la coopération au chapitre de l’économie, de l’énergie, de la sécurité, de l’environnement et des questions sociétales. Le rapport fait souvent référence à Par‑delà la frontière qui voit à la mise-en-œuvre d’une vision commune de la sécurité du périmètre et de la compétitivité économique canado-américaine.

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Nous entendons souvent parler d’efforts pour UNIFIER l’Amérique du Nord en un seul bloc économique et on sent que ce rapport va en ce sens. Le CFR est une organisation connue pour ses liens avec des individus défendant cette vision unifiée de l’Amérique. Voici d’ailleurs la liste des membres de ce groupe de travail indépendant:

  1. Bernard W. Aronson, ACON Investments 
  2. Jodi Hanson Bond, U.S. Chamber of Commerce 
  3. Robert C. Bonner, Sentinel HS Group, LLC 
  4. Jason Eric Bordoff, Columbia University 
  5. Timothy P. Daly, Western Union 
  6. Jorge I. Domínguez, Harvard University 
  7. Stephen E. Flynn, Northeastern University 
  8. Gordon D. Giffin, McKenna Long & Aldridge LLP 
  9. Neal R. Goins, Exxon Mobil Corporation 
  10. Kenneth I. Juster, Warburg Pincus LLC 
  11. Marie-Josée Kravis, Hudson Institute 
  12. Jane Holl Lute, Council on CyberSecurity 
  13. Jason Marczak, Atlantic Council 
  14. Diana Natalicio, University of Texas at El Paso 
  15. Shannon K. O’Neil, Council on Foreign Relations 
  16. Maria Otero, Independent Consulting 
  17. James W. Owens, Caterpillar Inc. 
  18. David H. Petraeus, KKR Global Institute 
  19. Adrean Scheid Rothkopf, Millicom 
  20. Clifford M. Sobel, Valor Capital Group 
  21. James S. Taylor, Vianovo 
  22. Robert B. Zoellick, Goldman Sachs & Co.

Personne dans ce groupe sélect ne fait partie des groupes de gauche, c’est très à droite! Ça donne déjà le ton au rapport qui avoue vouloir changer la focalisation de l’Amérique du Nord. Moins d’États-Unis en solo et plus de Canada-États-Unis-Mexique, en trio.

Sans plus attendre, passons quelques extraits du rapport, en revue.

Commençons avec l’essentiel de l’avant-propos où les enjeux de ce rapport sont bien expliqués:

Les États-Unis, le Canada et le Mexique sont liés par une géographie, une histoire et un environnement partagés. Au cours des vingt ans écoulés depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain, les liens entre les trois économies et sociétés du continent se sont intensifiés, soulignant plus que jamais l’importance des relations entre les États-Unis et leurs voisins immédiats.

En 2005, en collaboration avec des organisations homologues au Canada et au Mexique, le Council on Foreign Relations a publié un rapport intitulé Construire une communauté nord-américaine, qui proposait l’établissement d’une communauté économique et sécuritaire en Amérique du Nord d’ici 2010, dont les limites seraient définies par un tarif extérieur douanier commun et un périmètre de sécurité externe. Près d’une décennie depuis la publication du rapport, cette vision audacieuse reste encore un but lointain.

Bon nombre des problèmes auxquels les décideurs politiques en Amérique du Nord étaient confrontés en 2005 restent d’actualité : une concurrence économique mondiale de plus en plus vive, un développement inégal au sein de l’Amérique du Nord et des menaces vis-à-vis de la sécurité de la région. Cependant, de nouvelles tendances positives sont aussi apparues : des augmentations significatives de la production d’énergie aux États-Unis et au Canada, un Mexique de plus en plus sûr de lui, encouragé par des réformes économiques et politiques, et un déclin de l’immigration en provenance du Mexique à destination de ses voisins du nord.

Ce rapport d’un Groupe de travail indépendant sur l’Amérique du Nord parrainé par le CFR examine à la fois les problèmes de longue date auxquels est confrontée la région et les évolutions plus récentes, tout en appelant les décideurs politiques à intensifier la relation nord-américaine et à lui accorder la priorité.

Les recommandations du Groupe de travail se concentrent sur quatre grands piliers : tirer parti de l’avenir énergétique prometteur de l’Amérique du Nord en supprimant les restrictions sur les exportations d’énergie et en intensifiant les investissements dans l’infrastructure; encourager la compétitivité économique grâce à une plus grande liberté de circulation des biens et services à travers les frontières; améliorer la sécurité à travers une stratégie continentale unifiée et le soutien aux efforts du Mexique visant à consolider l’État de droit démocratique; et encourager une communauté nord-améri- caine à travers une réforme complète de l’immigration et la création d’un accord de mobilité visant à faciliter la circulation des travailleurs. Le Groupe de travail défend l’idée selon laquelle un partenariat nord- américain revitalisé est bénéfique non seulement pour des raisons locales, mais aussi parce qu’il va renforcer la position des États-Unis et du continent dans le monde.

Tout un agenda pour lequel la table avait déjà été mise avec le rapport Construire une communauté nord-américaine qui avait d’ailleurs été vivement contesté, dès qu’il a été rendu publique.

Autrement dit, le rapprochement intensif désiré par les membres signataires de ce rapport ne se fait pas sans empiéter sur les droits des citoyens des trois pays où des modifications doivent avoir lieu pour qu’un tel rapprochement ait lieu.

Faits intéressant à noter, trois Canadiens ont aidé à la production de ce rapport, soit: John P. Manley, Eric Miller et Colin Robertson — ils ont fourni leur aide et collaboration pour la tenue d’un certain nombre de réunions. L’essentiel du rapport a été produit aux États-Unis et donc, ce sont les intérêts de ce pays qui sont d’abord servis par ce rapport.

Tous au long du rapport, il y a de très nombreux acronymes et il semble opportun d’en faire l’inventaire, ici. Ça facilitera le travail de ceux qui veulent mieux comprendre le contexte de ce rapport:

  1. ALÉ Accord de libre-échange entre le Canada et les États- Unis
  2. ALÉNA Accord de libre-échange nord-américain
  3. ANASE Association des nations de l’Asie du Sud-Est
  4. APEC Coopération économique de la zone Asie-Pacifique
  5. ATF Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms, and Explosives
  6. BECC Commission de coopération environnementale frontalière
  7. BID Banque interaméricaine de développement
  8. BNAD Banque nord-américaine de développement — lien descriptif
  9. BRIDGE Building and Renewing Infrastructure for Development and Growth in Employment Act
  10. CAFTA-DR Central American-Dominican Republic Free Trade Agreement
  11. CBP Customs and Border Protection
  12. CCE Commission de coopération environnementale
  13. CDC Centers for Disease Control and Prevention
  14. CERT Équipes d’intervention en cas d’urgence informatique
  15. CESOP Centro de Estudios de Opinión Pública COOL Marquage du pays d’origine
  16. C-TPAT Customs-Trade Partnership Against Terrorism DHS Department of Homeland Security
  17. EIA Energy Information Administration
  18. EIPF Équipe intégrée de la police des frontières
  19. EPA Environmental Protection Agency
  20. EXPRES Expéditions rapides et sécuritaires
  21. FDA Food and Drug Administration
  22. FERC Federal Energy Regulatory Commission FMI Fond monétaire international
  23. FVEY Groupe des cinq
  24. G20 Groupe des vingt
  25. G7 Groupe des sept
  26. GAO Government Accountability Office
  27. GNL Gaz naturel liquéfié
  28. HLRCC U.S.-Mexico High-Level Regulatory Cooperation Council
  29. ICE Immigration and Customs Enforcement
  30. IDENT Système d’identification biométrique automatisé
  31. IMCO Instituto Mexicano para la Competitividad
  32. NALS Sommet des leaders nord-américains
  33. NORAD Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord
  34. NORTHCOM United States Northern Command
  35. OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
  36. OMC Organisation mondiale du commerce
  37. OPS Organisation panaméricaine de la santé
  38. OTAN Organisation du Traité de l’Atlantique Nord
  39. Pemex Petróleos Mexicanos
  40. PIB Produit intérieur brut
  41. PISA Programme international pour le suivi des acquis des élèves
  42. PPP Partenariats public-privé
  43. PSP Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité
  44. PTP Partenariat transpacifique
  45. RCC Conseil de coopération en matière de réglementation É.-U.-Canada
  46. SENTRI Secure Electronic Network for Travelers Rapid Inspection
  47. TTIP Partenariat transatlantique en matière de commerce et d’investissement
  48. UE Union européenne
  49. USCIS U.S. Citizenship and Immigration Services
  50. US-VISIT United States Visitor and Immigrant Status Indicator Technology

Ouf! Ça en fait des idées pour partir une belle recherche sur le web!

Certaines organisation mentionnées via ces acronymes sont connues et d’autres, à peu près pas. Si le sujet des relations internationales et de la géopolitique vous intéresse, assurez-vous de lire à propos de plusieurs de ces organisations qui exercent une grande influence sur nos politiques internationales… et intérieures.

Ça nous amène au résumé du rapport qui revient un peu sur les thèmes évoqués dans l’avant-propos mais cette fois, c’est plus précis car on entre davantage en matière:

Autrefois, l’Amérique du Nord était appelée le Nouveau Monde. Les populations, leurs idées et les ressources du continent ont façonné les histoires du Vieux Monde, à l’Est ainsi qu’à l’Ouest. Aujourd’hui, l’Amérique du Nord abrite près de 500 millions de personnes dans trois démocraties pleines de vitalité. Si les trois pays d’Amérique du Nord approfondissent leur intégration et leur coopération, ils ont le potentiel de pouvoir façonner à nouveau les affaires du monde entier pour les générations futures.

Pour des raisons historiques et liées à la culture politique, les États- Unis, le Canada et le Mexique sont extrêmement soucieux de protéger leur souveraineté et leur indépendance nationale. Cependant, il y a vingt ans, les trois pays ont mis en place un projet novateur visant à approfondir l’intégration dans le respect de la souveraineté. De plus, leur partenariat particulier a comblé le fossé Nord-Sud entre les écono- mies développées et en développement. L’Accord de libre-échange nord-américain (l’ALÉNA) a constitué la pierre angulaire de cette nouvelle structure. La nouvelle Amérique du Nord après la guerre froide a été conçue comme une économie intégrée au sein d’un système mondial, mais non pas comme un bloc protégé ou une expérience en matière de souveraineté partagée, tel que cela a été le cas avec l’Union européenne.

Les récentes évolutions ont créé la possibilité pour les pays nord-américains de tirer parti des travaux du passé et de faire passer leur partenariat à un nouveau stade. Le futur énergétique du continent a connu une transformation fondamentale, tirée par la technologie, l’innovation, l’investissement et de nouvelles politiques. De plus, le pro- gramme ambitieux du Mexique en matière de réformes structurelles crée des perspectives pour une croissance plus élevée, l’élargissement de la classe moyenne et une main-d’œuvre mieux formée et plus productive. Les données démographiques en Amérique du Nord sont plus encourageantes qu’elles ne le sont en Europe, en Chine, au Japon

et en Russie. Ces facteurs, combinés à des coûts plus élevés dans d’autres régions du monde et à la capacité du secteur privé américain de repousser les frontières technologiques, attirent les investisseurs du monde entier en Amérique du Nord. L’Amérique du Nord a le potentiel de devenir un nouveau type de marché de croissance, en combinant le meilleur de l’innovation des économies développées avec le meilleur des réformes structurelles d’un pays en développement.

Au cours des vingt dernières années, les perspectives internationales des trois démocraties nord-américaines se sont rejointes, en particu- lier sur les sujets économiques, mais aussi potentiellement quant aux défis en matière de sécurité, d’État de droit et de crime transnational, de développement de l’hémisphère et de l’environnement. Cependant, la plupart des problèmes et des sujets de discordes régionaux, même s’ils ne sont pas négligeables, atteignent rarement le niveau d’urgence d’une crise internationale. Les Canadiens et les Mexicains sont frustrés par le fait que les États-Unis ne traitent pas leur proximité en tant que priorité. L’Amérique du Nord est restée à l’arrière-plan dans la politique américaine.

Le Groupe de travail est convaincu que le moment est venu pour les décideurs politiques américains de placer l’Amérique du Nord au premier plan d’une stratégie qui reconnaisse que l’Amérique du Nord doit être la « base continentale » de la politique mondiale des États-Unis.

Le gouvernement américain se trouve face à un défi structurel dans la poursuite d’une telle politique continentale. Du fait de la diversité des organismes fédéraux en question et du rôle vital joué par les autorités locales et de l’État, les législatures et une myriade d’acteurs du secteur privé, une politique globale reste difficile à formuler. Le Groupe de travail recommande la création de nouveaux bureaux nord-américains au sein du National Security Council (Conseil national de sécurité) et du Département d’État américain afin de mettre l’accent sur le développement et l’exécution de politiques continentales, de catalyser et d’appuyer la coopération aux différents niveaux du gouvernement, et d’insérer une perspective nord-américaine dans les discussions menées aux États-Unis sur les politiques mondiales.

De plus, le Groupe de travail recommande que l’un des représentants du gouvernement américain au niveau le plus élevé assume la responsabilité de « défenseur » de l’Amérique du Nord. La politique nationale doit encourager et faciliter la tâche des dirigeants au niveau de l’État ou de la province, ainsi qu’au niveau local et législatif dans l’identification des problèmes, des solutions et des possibilités. L’Amérique du Nord a besoin d’un nouveau type de politique étrangère transnationale.

La politique des États-Unis envers l’Amérique du Nord doit donner la priorité à la coopération dans les domaines de l’énergie, de la compétitivité économique, de la sécurité et de la question d’une même communauté. Le cadre d’orientation doit être le suivant : trilatéralité lorsqu’elle est possible, bilatéralité lorsqu’elle s’impose.

Si c’est ÇA l’avenir de l’Amérique du Nord, ce serait important que tout le monde en prenne acte puisqu’en ce moment, le Canada place le Canada au premier rang. C’est logique! C’est de cette façon qu’on tire notre épingle du jeu mais là, il y a sur la table une approche où la trilatéralité ou la bilatéralité serait le cadre d’orientation.

Vilain changement à 180 degrés!

Ça a du bon parce que si les trois voisins continentaux que sont le Canada, les États-Unis et le Mexique se mettent à voir au meilleur intérêt des uns et des autres, ça peut donner de bons résultats pour tout le monde.

Mais…

Il y a aussi ce côté qui n’est évidemment pas mentionné et qui est bien plus sombre, soit celui où, par exemple, le Canada devrait voir au meilleur intérêt des Américains au chapitre, disons, de l’eau des Grands-Lacs qui serait absorbée en quantité astronomique par l’agriculture du Mid-West américain (en commençant avec la région de Chicago), au détriment de l’Ontario… on parle d’exemples, ici mais rapidement, on voit que le meilleur intérêt du voisin est un concept qui rapidement venir nous mordre les fesses, pour ainsi dire!

Alors c’est dans cette direction-là que le rapport veut aller. D’abord pour une poignée de « cibles », comme l’énergie mais ensuite pour d’autres sphères dont il n’est pas encore question. Le but, l’intégration du bloc nord-américain.

Bon, on continue!

Dans le segment d’introduction à propos de l’Amérique du Nord, il y a ce passage qui donne une bonne idée de l’état d’esprit des membres qui ont rédigé le rapport:

Notre vision est la suivante : trois démocraties avec une population totale de près d’un demi milliard de personnes; autosuffisance énergétique, voire même exportation d’énergie; infrastructure intégrée permettant d’encourager une agriculture interconnectée et très con- currentielle, le développement de ressources, la fabrication, les services et le secteur de la technologie; une main-d’œuvre partagée et quali- fiée qui prospère grâce à l’investissement dans le capital humain; une abondance naturelle et commune d’air, d’eau, de terre, de biodiversité, ainsi que d’espèces sauvages et migratoires; une étroite coopération en matière de sécurité pour faire face aux menaces régionales de toutes sortes; et, au fil du temps, une coopération plus étroite en tant que Nord- Américains sur les questions économiques, politiques, sécuritaires et environnementales face au reste du monde, avec peut-être une priorité sur les défis présents dans notre propre hémisphère.

En résumé, nous recommandons un nouveau partenariat pour l’Amérique du Nord, un nouveau modèle en matière d’intégration et de coopération entre des États souverains. La fondation de la politique étrangère américaine dans les années à venir devrait être : « Fabriqué en Amérique du Nord ».

Avouons que c’est « vendeur »!

Qui ne voudrait pas que le Canada fasse partie d’un puissant trio économique où l’intérêt de chaque membre est pris en compte? Le rêve fait rêver mais c’est évidemment dans les détails que le sable pourrait faire grincer le proverbial engrenage. C’est pour cette raison que les Canadiens doivent lire à propos de cette vision de l’Amérique du Nord et se forger un opinion avant de s’en faire enfoncer une dans la gorge.

Parmi les autres segments vraiment intéressants, on retrouve évidemment celui concernant l’énergie:

La production pétrolière canadienne connaît aussi une croissance rapide. Selon l’Energy Resources Conservation Board, la production de bitume brut a triplé depuis 2000 et devrait atteindre 3,8 millions de barils par jour d’ici 2022. D’après l’Energy Information Administration américaine (EIA), les champs de gaz de schiste moins développés du Canada renferment les cinquièmes réserves les plus vastes au monde. Les États-Unis, comme le Canada, vont sans doute bénéficier de nouveaux champs accessibles en Arctique, estimés représenter près d’un quart des ressources pétrolières et gazières qui restent à découvrir.

Ah! Le pétrole et le gaz… heureusement, il y a aussi une mention pour l’énergie renouvelable:

Enfin, l’énergie renouvelable nord-américaine, y compris l’énergie éolienne, solaire, hydroélectrique et les biocarburants, vient renforcer l’optimisme des prévisions énergétiques dans la région. L’Amérique du Nord est déjà le plus gros producteur mondial de biocarburants, produisant près de la moitié de l’éthanol et du biodiesel en 2013. L’énergie solaire se développe elle aussi rapidement, et ses coûts toujours en diminution en font une technologie de plus en plus compétitive par rapport aux sources d’énergie traditionnelles. L’énergie éolienne a aussi gagné des parts de marché; les vents du Texas alimentent quelque 3,3 millions de foyers et de nouveaux projets mexicains permettent au pays de se positionner comme un des marchés à la croissance la plus rapide au monde. Ces sources d’énergie dépendent encore beaucoup des subventions, mais les avancées technologiques et le déclin des coûts pourraient stimuler leur capacité à concurrencer les sources d’énergie traditionnelles dans les années à venir.

Lorsqu’on parle d’intégration énergétique, disons que c’est déjà assez « intégré », à savoir:

Au fur et à mesure de l’augmentation de la production, la sécurité énergétique nord-américaine pourrait être renforcée par l’intégration continentale. Le Canada est déjà le plus gros fournisseur de pétrole et de produits pétroliers des États-Unis, et représente un tiers des importations américaines de pétrole. Pendant de nombreuses années, pratiquement toutes les exportations énergétiques canadiennes, y compris de pétrole, de gaz et d’électricité, étaient destinées aux États-Unis. Quant à eux, les États-Unis envoyaient vers le nord une petite quantité de pétrole brut et un volume plus important de produits pétroliers raffinés. Globalement, le commerce énergétique bilatéral a atteint près de 134 milliards de dollars en 2013, soit plus de 20 pour cent du commerce total entre les deux pays.

Autrement dit, l’énergie est un bel exemple d’intégration et selon les membres qui ont produit le rapport, il y a encore moyen de faire plus.

Déjà que les États-Unis ont pas mal la main-mise sur le pétrole de schiste albertain, via les grandes transnationales du pétrole, il faut se demander ce que ça serait si les directives énergétiques étaient orientées vers la trilatéralité ou la bilatéralité? L’état actuel des choses, en Alberta, étant le fruit d’un effort de voir au meilleur intérêt du Canada et déjà, on voit que presque tout le pétrole canadien appartient à des… étrangers!

Ça donne à réfléchir… on y gagne, certes mais est-ce qu’on perd beaucoup, au change?

Ce n’est pas dans ce rapport pro-intégration qu’on trouvera la réponse à cette question qui concerne tous les Canadiens, pas seulement les Albertains.

Voici d’ailleurs une carte des oléoducs, en Amérique du Nord… ça semble assez bien « intégré »:

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Et les gazoducs, en Amérique du Nord… encore une fois, passablement « intégrés »:

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Il y a un segment sur les effets environnementaux qui vise à maximiser les avantages économiques dans le respect de l’environnement et rien que de penser les choses en ce sens, c’est un pas dans la bonne direction mais au-delà des énoncés d’intention, il va falloir attendre des rapports plus ciblés pour lire à propos des solutions.

Il y a toujours cette obsession liée aux émissions de carbone mais à peu près rien sur la pollution par le toluène, le benzéne et une pléthore d’autres contaminants toxiques qui empoisonnent nos milieux de vie.

Ça devient vraiment frustrant, cette folie du « zéro carbone » alors qu’on se fait noyer par les AUTRES CONTAMINANTS qui ne percent peut-être pas de trous dans la couche d’ozone mais qui NOUS TUENT chaque jour, un peu plus. En passant, il semblerait qu’il n’y aurait même plus de trous, dans la couche d’ozone! Disons que le carbone étant l’oxygène des plantes, on devrait changer de cible et nettoyer notre environnement, en commençant avec ce qui le souille vraiment. Mettez un arbre à côté d’une masse de carbone et quelques heures plus tard, vous aurez plein d’oxygène. Mettez du toluène près de l’arbre et vous le tuerez. D’où l’importance de sortir de la guerre myopique contre le carbone!

Enfin, bref…

Le segment suivant traite de la compétitivité de l’Amérique du Nord. Un gros morceau du rapport:

Le Canada et le Mexique sont bien plus importants pour l’économie américaine que beaucoup d’Américains ne le réalisent. Les exportations des États-Unis vers le Mexique et le Canada sont cinq fois plus élevées qu’elles ne le sont vers la Chine, et près de deux fois plus élevées qu’elles ne le sont vers l’Union européenne. Le Mexique et le Canada vendent plus de 75 pour cent de leurs exportations en Amérique du Nord.

La figure suivante expose la position des investissements étrangers en Amérique du Nord, entre 1990 et 2012:

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Clairement, le États-Unis et le Canada sont les gagnant des investissements outre-frontière, dans le bloc nord-américain.

Au cours des dernières années, des obstacles au commerce ont contribué au ralentissement des investissements, notamment les règles d’origine de l’ALÉNA qui se sont avérées lourdes à appliquer.

Une intégration plus serrée des trois pays pourrait améliorer ces règles et favoriser davantage l’investissement et dès lors, la croissance des trois pays. Est-ce que les États-Unis augmenteraient tout simplement leur main-mise sur des segments entiers de l’économie canadienne ou nous en aurions, nous aussi, pour notre argent? Difficile à dire mais il faut y penser avant de céder au chant des sirènes intégrationnistes!

Les problèmes transfrontaliers aussi sont abordés et là, ce serait bien plus simple avec une meilleure intégration mais là encore, il faut se questionner sur le fait de céder de nos libertés actuelles pour obtenir un droit de passage plus rapide. Surtout que les procédures aux frontières ont été profondément modifiées, depuis les attentats du 11 septembre 2001 (la fameuse mise-en-scène pour justifier l’établissement du « Homeland Security » américain… renseignez-vous, vous allez voir, c’est très intéressant et bien plus crédible que la « fable officielle »).

Il y a ensuite un segment sur l’ALÉNA dans le contexte des autres accords commerciaux, entre d’autres pays et le bloc nord-américain:

Aujourd’hui, les discussions susceptibles de transformer le plus les économies nord-américaines pourraient être les négociations pour le Partenariat transpacifique et le Partenariat transatlantique en matière de commerce et d’investissement. Le PTP vise à créer une plateforme économique intégrée qui couvre l’Océan pacifique, rassemblant les partenaires de l’ALÉNA, ainsi que l’Australie, le Japon, la Malaisie, le Pérou, le Vietnam, Brunei, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, et représente un PIB combiné de 27 000 milliards de dollars. Les États-Unis ont déjà conclu des accords de libre-échange avec six des onze autres pays impliqués. Les États-Unis ont été lents à soutenir la participation du Canada et du Mexique aux négociations du PTP, sous-estimant par là le rôle et l’intégration du marché nord-américain. En dehors de l’élargissement des investissements et des échanges commerciaux à travers le Pacifique, le PTP offre la possibilité de moderniser et de mettre les règles à jour pour tous les participants, y compris l’Amérique du Nord. Le Groupe de travail est convaincu que le PTP offre une chance non négligeable de tirer parti des gains apportés par l’ALÉNA, de prendre en considération les intérêts communs en Amérique du Nord, et d’aller au- delà des limites du cadre vieux de vingt ans de l’ALÉNA.

Les négociations au sujet du TTIP entre les États-Unis et l’Union européenne n’incluent ni le Mexique, ni le Canada. Le Mexique a signé un accord de libre-échange avec l’Union européenne en 2000, et le Canada a achevé ses propres négociations en 2013. Le Groupe de travail est convaincu que la réticence des États-Unis à inclure ses partenaires nord- américains à la table des négociations du TTIP reflète un manque de vision et va à l’encontre de la construction d’un marché nord-américain plus compétitif. Même si un plus grand nombre de participants peut rendre les négociations plus complexes, les États-Unis doivent prendre en compte les perspectives canadiennes et mexicaines quant aux effets du TTIP sur leurs économies. Par exemple, l’industrie automobile nord-américaine est très intégrée, et les règles du TTIP affecteraient le secteur des pièces détachées canadiennes et les chaînes de montage mexicaines. Des accords séparés avec l’Union européenne ont de grandes chances de conduire à des règles d’origine coûteuses et à des coûts supplémentaires.

Le gouvernement devra faire en sorte que la Trade Promotion Authority (TPA) soit achevée et acceptée par le PTP et le TTIP. La TPA permet à la branche exécutive de présenter des accords commerciaux au Congrès pour un vote sans amendement. La dernière permission du Congrès concernant la TPA a expiré en 2007. Sans TPA, le Groupe de travail est convaincu que l’Amérique du Nord ne pourra pas adapter ses règles commerciales au vingt-et-unième siècle.

Au cours des vingt dernières années, les trois économies nord-américaines sont devenues beaucoup plus intégrées, à travers le commerce transfrontalier, la production conjointe de marchandises et l’investissement étranger. Cependant, toutes sortes d’obstacles limi- tent une plus grande intégration et mettent même en péril les avancées réalisées. Les gouvernements nord-américains doivent améliorer leur compétitivité économique en tirant parti de l’ALÉNA à travers une coopération régionale plus étroite en fonction des défis actuels et futurs.

En lisant tout ça, on en vient à se demander si à force de faire des accords avec tout ce beau monde, on ne finit pas par tuer la possibilité pour les plus petits exportateurs de réussir, à l’ombre des géants qui ont des armées de fiscalistes, d’avocat et de spécialistes du commerce international.

Trop, c’est probablement comme « pas assez » et là, honnêtement, c’est à y perdre son latin.

Tous les pays semblent avoir du plaisir à multiplier des accords mais il y a tellement de clauses et de conditions qu’en fin de compte, on finit par avoir le tournis. Les spécialistes font une fortune mais les entrepreneurs, eux, voient leur profit partir dans les poches des spécialistes qui deviennent essentiels pour mener à bien des transits ou du commerce international, dans le respect des différents accords.

Pire, ces accords finissent par avoir des effets parfois très indésirables sur nos politiques et règles domestiques, sans que les Canadiens puissent y faire quoique ce soit… à moins de modifier l’accord, ce qui équivaut à une tâche à peu près impossible.

Alors, il y a du bon et du moins bon à tous ces accords et il faut résister à l’envie de complexifier encore davantage les règles existantes qui sont déjà au-delà de la capacité de compréhension d’une personne normalement constituée.

Les reste du rapport parle de sécurité et là, les fanatiques du principe de « la police partout, partout, partout » seront servis à souhait avec des contrôle strictes pour adhérer à des normes qui viendront à satisfaire les plus craintifs.

Ce segment représente une orgie de dépenses sans fin pour nous « protéger »!

Si vous étiez un fournisseur de « services de sécurité » ou de « matériel policier et militaire », ce segment du rapport vous ferait un bien fou. Comme si le Père-Noël passait faire un tour dans votre carnet de commandes à chaque jour, jusqu’à la fin des temps.

Les terroristes ont le dos large! Ils existent, ces terroriste et il faut les combattre mais avec cette vision complètement éclaté de la sécurité mur-à-mur, tout le monde est devenu un terroriste potentiel et se faire traiter comme tel. Ça va beaucoup trop loin et ce n’est même pas clair si ça aide vraiment.

Le segment sur la « communauté nord-américaine » donne un certain swing au rapport. Une belle bouffée d’air frais ou les Canadiens, les Américains et les Mexicains dansent ensemble, en chantant. Que la vie est belle, dans une Amérique du Nord mieux intégrée et plus unifiée!

Ça parle d’immigrants qui peuvent contribuer à revitaliser des quartiers, notamment en payant des impôts et plein d’autres beaux concepts parfois vrais mais parfois pas. Ça dépend toujours du contexte. Mais c’est bien que les membres qui ont rédigé le rapport aient fait l’effort de mettre leurs lunettes roses.

Le segment sur la préparation conjointe en cas de catastrophe rejoint un peu le segment sur la sécurité. Ça donne l’impression que « Big Brother » essaie de se placer les pieds dans tout ce qui touche à la « sécurité », incluant sous l’angle des catastrophes.

Ça touche bien entendu à la santé et là, c’est un peu trop car la vision des services de santé diffère beaucoup, d’un pays à l’autre. Qu’importe les efforts d’intégration, le Canada devrait TOUJOURS maintenir son propres système de santé public.

Ceux qui veulent se donner le temps (et la peine) de lire le rapport trouveront ensuite les recommandations qui vont dans le même sens que le début du rapport.

Tous les Canadiens doivent s’intéresser à ces « think tanks » qui pondent des rapports lus par nos dirigeants et les élites qui les conseillent. En comprenant ce qui les influence, on pourra, à notre tour, mieux leur faire comprendre nos préférences, en matière de gouvernance internationale.

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