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Les enseignants du Québec disent vouloir le bien des enfants à qui ils livrent le programme du MELS mais dans leur propension à décharger une importante charge de leur travail dans les devoirs, le soir, à la maison, on se demande s’ils ont bien soupesé l’impact de leur réflexe pro-devoirs.

Au primaire, au secondaire, au collège et à l’université, presque tous les enseignants utilisent les devoirs pour passer ou faire réviser une partie plus ou moins importante du contenu académique.

C’est un réflexe plutôt paradoxal pour un enseignant que de se servir de manière aussi soutenue des devoirs car leur salaire a été justifié —au moment de chaque revendication— par le fait qu’ils étaient des professionnels de l’enseignement et qu’ils étaient mieux qualifiés que quiconque pour enseigner aux enfants.

Via le recours constant aux devoirs à la maison, ces mêmes enseignants prouvent que leur présence n’est pas nécessaire. En fait, à la maison, ce sont les parents qui doivent —sans aucune compensation financière— devenir des experts de toutes les matières suivies par leur enfant afin de les accompagner pendant la période des devoirs. Pire, une question compliquée ou mal posée peut augmenter indûment le temps devant être consacré aux devoirs du soir, à la maison.

Pour un grand nombre de parents québécois, les devoirs du soir, à la maison, constituent une épreuve particulièrement éprouvante au moment du retour à la maison où un grand nombre de tâches doivent être accomplies, en peu de temps.

Les enseignants, eux, continuent de recourir aux devoirs mais alors que la majorité n’a à peu près aucun problème à les imposer à leurs élèves, d’autres émettent des doutes sur ce modèle où l’enfant n’a plus accès à son enseignant pour répondre, correctement et rapidement, aux questions qui surviennent, lors d’un épisode typique de devoirs à la maison.

Difficile de dire que les devoirs sont 100% bons ou 100% mauvais car il y a des arguments pour et des arguments contre mais avec le rythme de vie bouillonnant des familles québécoises, difficile de trouver une place confortable à l’horaire du soir d’une famille typique, pour les devoirs.

Les familles monoparentales, les enfants ayant des besoins particuliers ou les familles nombreuses peuvent avoir encore plus de difficulté à survivre aux devoirs du soir. Et là, on ne parle même pas des problèmes liés à des logements trop petits où il est à peu près impossible pour l’enfant de trouver un endroit propice aux études pour compléter sa longue liste de devoirs.

Dans des annonces du gouvernement du Québec qui ont été diffusées à Télé-Québec, au cours de 2013, on voyait une famille nucléaire “normale” de deux parents, une mère et un père, qui avaient 2 enfants. Dans la publicité, on voyait le petit garçon qui faisait la cuisine avec sa mère pendant que le père aidait sa “grande” fille d’environ 9 ans. En fait, le père regardait à la volée une feuille qui semblait déjà parfaitement complétée alors, au fond, il ne faisait à peu près rien! La maison était moderne, spacieuse, luxueuse, calme et les deux parents avaient des looks de médecins. Autrement dit, l’environnement parfait pour un petit épisode de devoirs.

Dans la “vraie vie”, c’est rarement aussi bucolique!

On constate que la maison est d’abord une aire de vie en famille et non pas une mini-école. Évidemment, l’endroit pour les devoirs est aménagé au mieux possible mais c’est rarement idéal et outre la rivière de distractions, il manque… l’enseignant!

C’est bien beau de voir les enseignants décharger leur travail sur les épaules des parents mais est-ce que les parents sont aussi bien outillés que lui pour accompagner leur enfant lors de la période des devoirs? Poser la question, c’est un peu y répondre. C’est clair que l’enseignement est plus apte à accompagner ses élèves qu’un parent qui arrive, épuisé de sa journée de travail, dans une maisonnée où il a de nombreuses responsabilités.

Dans ce contexte, les devoirs sont régulièrement la “goute qui fait déborder le vase”.

Ainsi, les enfants doivent se développer à l’ombre des devoirs qui les frustrent trop souvent car la maison n’est tout simplement pas un bon endroit pour emmener des devoirs qui devront être complétés sans la supervision de leur enseignant.

C’est cette importante dissonance qui fatigue un nombre grandissant d’enseignants qui choisissent —de leur propre chef et contre l’ordre établi des choses, à l’école— de mettre fin à l’essentiel des devoirs à la maison pour les remplacer par des périodes supervisées où les élèves peuvent faire ces mêmes devoirs, à l’école AVANT de retourner à la maison.

Un devoir n’a de valeur que s’il permet de faire avancer l’agenda académique ou mieux, d’aider l’enfant à progresser, concrètement. Or, avec les importantes frustrations que le cadre de devoirs à la maison amène, l’enfant n’y gagne pas forcément au change. Il a beau pousser à fond ses efforts pour compléter un devoir, si l’effort va dans le mauvais sens parce qu’il n’y a pas de supervision vraiment efficace, le devoir n’atteint absolument pas son but et risque même de nuire à l’enfant.

Les maisons québécoises sont de plus en plus petites et n’ont pas toutes l’espace nécessaire pour favoriser le confort de l’enfant, au moment de faire les devoirs, le soir. Ajoutons le fait que l’élève doit compléter des devoirs —souvent mal ou pas expliqués— sans l’aide de son enseignant et on comprend pourquoi les devoirs peuvent porter ombrage au développement normal d’un enfant.

Quand les devoirs concurrencent le peu de temps-libre que l’enfant a pour penser et rêver, après sa longue journée à l’école, il faut se demander si l’on a pas permis aux devoirs de s’ingérer de façon trop invasive, dans nos vies familiales.

Il revient aux parents d’avoir des échanges clairs avec l’enseignant de leurs enfants pour insister sur l’absolue nécessité de préserver la qualité des soirées en famille, à la maison.

Pour l’heure, une majorité d’enseignants déchargent LEUR travail dans les maisons, via les devoirs du soir. Aucun égard ou respect par rapport à l’horaire du soir NORMAL pour une famille qui a été séparée toute la journée et qui n’a que ce moment pour se retrouver et ultimement, se reposer en vue d’un lendemain généralement aussi exigeant.

Les Québécois savent que “trop, c’est comme pas assez” et en ce moment, il y a trop de devoirs à la maison. Les enseignants doivent se reprendre en main. Les devoirs, le soir, à la maison, c’était un mauvais plan, dès le début.

Pour que nos enfants cessent de vivre à l’ombre des devoirs le soir, à la maison, ce sont les parents qui doivent exiger des enseignants qu’ils supervisent directement les périodes de révision personnelle des apprentissages du jour, idéalement pendant des périodes dédiées aux devoir, à l’école. Rien de long, juste une belle petite période efficace, sous la supervision active (et proactive) de l’enseignant.

L’avenir appartient à ceux qui sauront imaginer des solutions et là, avec les devoirs qui volent —en tout ou en partie— le temps où nos enfants devraient développer leur propre esprit créatif (en faisant ce qu’ils aiment faire), nous sommes en train de neutraliser le pouvoir qu’auront nos enfants à concurrencer les adultes de demain, provenant de pays où l’imagination et le temps pour ce faire sotn RÉELLEMENT VALORISÉS et CONCRÈTEMENT PRIORISÉS via une approche ou le temps de soir, à la maison est en quelque sorte sacré et n’appartient pas à l’école mais plutôt à la famille et aux enfants.

Posez-vous la question où serait le Québec sans ses créateurs, ses innovateurs et ses entrepreneurs qui n’ont pas hésité à sortir du rang pour réaliser leurs rêves?

Nos enfants doivent avoir le temps nécessaire, le soir, à la maison, pour penser à autre chose que les devoirs. Eux aussi ont des idées et des rêves. De quel droit les enseignants se réclâment-ils pour imposer des devoirs qui, dans une large mesure, nuisent sévèrement au cadre de développement de l’imagination, chez nos enfants?

Si personne ne sensibilise les enseignants aux dangers des devoirs à la maison, la plupart n’auront pas l’idée de modifier leur façon de faire et donc, continueront de briser les moments en famille, le soir après l’école, partout au Québec.

Si un parent veut absolument passer du temps avec son enfant pour réviser de la matière, qu’il le fasse mais ce ne sera plus l’enseignant qui sera responsable d’avoir cavalièrement perturbé la vie de famille, le soir, après l’école. Parce qu’il existe encore des parents qui carburent aux devoirs, en pensant que c’est ça et seulement ça qui a de la valeur. Grand bien leur en fasse cette conception jusqu’au-boutiste de l’utilité pourtant bien incertaine des devoirs.

Il y a moyen de faire bien mieux que le modèle actuel de devoirs à la maison et les bons enseignants doivent se lever, pour le bonheur et le succès de nos enfants, pour que cessent le régimen de devoirs-maison… vivement, un petite période de devoirs, à l’école, accompagnés de l’enseignant. Ça, c’est infiniment plus utile…

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