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À chaque année reviennent les calepins des cubes d’énergie qu’il faut compléter, dans le cadre du Grand défi Pierre Lavoie et ce, dans toutes les écoles primaires participantes du Québec.

Les enfants du primaire sont donc contraints à trimbaler leur calepin à la maison pour y consigner le nombre de périodes de 15 minutes d’activité physique qu’ils auraient pu faire, hors de l’école. Les parents aussi sont aspirés dans ce proverbial vortex de nouvelles responsabilités consistant à minuter l’activité physique de l’enfant plutôt que de simplement mettre son énergie à bouger, pour vrai.

À quoi servent les cubes d’énergie accumulés si ça meurt dans un chiffrier, quelque part dans le disque dur d’un ordinateur appartenant à l’OSBL multi-millionnaire de Pierre Lavoie?

Les élèves du Québec, du primaire au secondaire et même aux niveaux collégial et universitaire sont écrasés par le volume et la fréquence des devoirs, après l’école. Ainsi, qu’importe l’initiative pour les faire bouger, c’est perdu d’avance parce que les moments hors de l’école servent principalement à… continuer les activités de l’école, surtout via les devoirs.

Activité physique VS devoirs

Même si Pierre Lavoie aime se faire valoir comme celui qui apporte une voie de solution avec ses cubes d’énergie, il n’en est rien.

On comprend vite qu’il s’est créé un emploi mais les enfants, eux, qu’importe la pression qu’ils ont —en plus de tout le reste qu’ils doivent gérer, à leur jeune âge— doivent remplir leur calepin de cubes d’énergie sinon, leur classe et même leur école pourrait perdre une compétition provinciale qui oppose les écoles entre-elles.

Quelle mentalité tordue et machiavélique que de pousser les enfants à remplir un calepin avec des heures hypothétiquement consacrées à l’activité physique alors que dans les faits, ce sont les devoirs qui monopolisent l’essentiel des moments passés à la maison, après l’école.

C’est une demande impossible, ou presque. Les enfants doivent compléter tant de devoirs que d’ajouter une requête d’activité physique n’est tout simplement pas réaliste.

Alors…

Plein de choses se produisent, à savoir que:

  1. Les enfants, épuisés de leur journée à l’école, préfèrent se reposer en arrivant à la maison;
  2. Après le court moment de repos post-école, les enfants doivent ouvrir leurs livres avant le souper, ne serait-ce que pour commencer les devoirs;
  3. Après le souper, il faut compléter les devoirs avant d’entrer dans la routine de la soirée, incluant le bain et la préparation au dodo avec, espérons-le, un peu de temps pour jaser, en famille.

Puis vient le moment où l’enfant se rappelle qu’il fallait “accumuler des cubes d’énergie” et le parent comprend qu’il faut qu’il y en ait pour “bien paraître” et “aider la classe à gagner” alors c’est ainsi que les “15 minutes d’activité physique” sont ajoutés, à coups de stylo dans les pages du calepin, soir après soir.

Le calepin des cubes d’énergie raconte alors une histoire à succès.

Le chiffrier “officiel” colligeant les cubes d’énergie reflète ce qui a été écrit dans les calepins et tout semble fonctionner à merveille. Il est même possible qu’une certaine proportion de ces minutes d’activités rapportées soient vraies mais pour l’essentiel, c’est une écriture comptable qui fonctionne sur l’honnêteté de quiconque les déclare.

Et l’OSBL de Pierre Lavoie de bénéficier de la plus récente manne gouvernementale, en ce début d’avril 2017, de l’investissement de 64M$ sur 3 ans afin d’inciter les jeunes de 6 à 17 ans à bouger, au moins 60 minutes par jour.

Voilà comment les millions sont empochés du gouvernement vers le privé, au Québec.

Illogique

Allouer des dizaines de millions de dollars par année pour propulser les cubes d’énergie, sans changer l’école, c’est brûler l’argent des contribuables en encourageant un “défi” qui n’est en fin de compte, qu’un gros écran de fumée pour masquer les vrais problèmes de l’école, au Québec.

Vous voulez que les enfants bougent, pour vrai?

Enlevez les devoirs.

Maintenant.

Gardez quelques lectures pour une dizaine de minutes par soir et encouragez la curiosité naturelle des enfants mais enlevez complètement les devoirs et vous verrez, les enfants profiteront de leur temps, après l’école, pour faire autre chose que de continuer le cursus de l’école.

Parmi ces activités parascolaires, il y aura, assurément, beaucoup d’activité physique, présentement largement impossible à faire en raison de la trop grande charge de travail, via des devoirs totalement incompatibles avec la vie de famille.

Si la Finlande nous a appris quelque chose, c’est qu’en éliminant les devoirs et en centrant l’école sur les vrais intérêts des enfants, elle est passée de la 30è position au monde à la 1ere. Et elle y est encore! Pas de devoirs.

Soulignons que la Finlande a fait ce qu’il fallait pour que les enfants soient la priorité en société et leurs écoles reflètent cet arbre de valeurs. Ainsi, les élèves finlandais peuvent lire autant qu’ils le souhaitent mais après l’école, c’est le temps de faire AUTRE CHOSE que l’école.

Au Québec, c’est encore l’obsession maladive et indéfendable des devoirs qui domine.

Presque toutes les études récentes (que j’ai lues) prouvent que les devoirs nuisent au développement des enfants, des parents, de leur famille, de leur classe à l’école et de l’école elle-même, sans oublier la société qui forme des enfants obéissants mais qui s’ignorent, dans une large part pour consacrer les plus belles années de leur vie à noircir des feuilles de devoirs, au lieu de jouer, de socialiser, de vivre en famille et de se découvrir, en tant qu’individus.

Problèmes réels, solutions fictives

Vous pensez vraiment que les cubes d’énergie vont tout régler?

Voyons donc… ça fait 8 ans que ça nous est imposé et la santé de nos enfants continue de se détériorer. Soyons clairs, les cubes d’énergie et les excès émotionnels de Pierre Lavoie ne fonctionnent pas, qu’importe les millions de dollars qu’il empoche à nous vendre sa vision “cubique” du monde.

Si l’école prend toute la place, de 8h05 le matin jusqu’à 15h15 en après-midi avec le cursus scolaire puis de 16h à 17h et ensuite de 17h30 à 18h30 avec les devoirs, ça ne fait aucun sens (ou alors, très, très peu de sens) d’imposer un autre “devoir” aux enfants en les forçant à faire des activités physiques pour lesquelles il n’y a tout simplement pas de temps.

Une vie de rêve, sans les devoirs

La punition des devoirs, pour un enfant, c’est de devoir tout laisser tomber, incluant ses propres aspirations et rêves, pour noircir des pages, comme pendant le jour, à l’école.

Mais ce n’est pas tout puisqu’en plus de devoir faire les devoirs, en tant que tel, l’enfant doit vivre avec l’émotion destructrice de devoir presque toujours se nier ses propres moments de plaisir pour les consacrer à la “routine des devoirs”. Cette routine qui doit être observée comme une religion sinon, gare aux conséquences.

Les devoirs, pour un enfant, c’est vivre dans la peur et le déni de ses propres rêves pour satisfaire au dictat scolaire, à l’école et hors de l’école. Aucune possibilité d’échapper à la “prison scolaire” qui est à la fois une prison physique, pendant le jour et une prison psychologique, une fois à la maison.

En ajoutant les impératifs de performance liés aux cubes d’énergie, les écoles “participantes” ajoutent à la liste de corvées scolaires, après l’école. Ce qui aurait pu être un moment pour rire devient une “période” où il faut prendre des notes sur les minutes passés à “bouger”. L’enfant s’auto-comptabilise, pour l’école. Pour Pierre Lavoie. Celui qui est hausser sur l’autel de la réussite mais qui, dans sa vie, aurait pu gagner des batailles qu’il a perdu en adoptant des comportements moins excessifs. Ça lui appartient de gérer sa vie comme il le veut mais de le glorifier tel un exemple à suivre tient de l’inconscience.

En finir avec les cubes d’énergie

Même si le gouvernement du Québec vient d’outre-passer ses propres cohortes de professeurs d’éducation physique pour privilégier unilatéralement Pierre Lavoie et ses “œuvres”, il appartient aux Québécois de dire NON à cette course folle aux “cubes” qu’il faut consigner dans un calepin.

Si un enfant veut “bouger”, il ne devrait pas avoir à le comptabiliser.

Ni lui, ni ses parents.

Qu’il s’amuse, un point c’est tout.

Notre société a-t-elle complètement perdu le sens de la famille au point de laisser Pierre Lavoie venir ajouter aux “responsabilités” familiales du soir? Pierre Lavoie et ses associés pensent-ils vraiment que les parents du Québec ne sont pas intéressés à voir leurs enfants “bouger”, sauf lorsqu’il leur rappelle avec ses “cubes d’énergie”?

Franchement, c’est de prendre les parents pour des incompétents, or, pour la très grande majorité de ceux-ci, c’est tout le contraire. Ils aiment leurs enfants et les encouragent à se réaliser, incluant via des activités physiques mais enlevez un large pan du temps libre après l’école, incluant via les devoirs et qu’importe leur bonne volonté, il ne restera tout simplement plus assez de temps pour développer de saines habitudes de vie.

Les parents doivent refuser les cubes d’énergie comme ils devraient refuser les devoirs.

L’école a eu sa part de la journée pour instruire l’élève et après l’école, ça devrait être avec l’enfant que les parents peuvent connecter, sans interférence des “cubes d’énergie” ou des devoirs.

Le Québec doit changer pour que tous les élèves aient encore le temps d’être des enfants. Qu’ils aient assez de temps pour se reposer, rêvasser et vivre autre chose que l’école. Clairement, les cubes d’énergie ne vont absolument pas dans le sens du meilleur intérêt des enfants et si Pierre Lavoie a une conscience, il arrêtera lui-même de se poser en “modèle à suivre” pour notre jeunesse.

La vie, c’est bien plus que de crouler sous les devoirs et de se promener avec un calepin de cubes d’énergie.

Favorisons nos enfants et changeons nos écoles, pour vrai.

 

Ceux qui le souhaitent peuvent écouter mon entrevue-radio sur les ondes de KYK-FM 95,7, à Saguenay dans l’émission Midi Pile avec Fred et Simon, réalisée le lundi 10 avril 2017, à 12h20.

 

Vous pouvez aussi écouter mon entrevue avec Catherine Lachaussée dans son émission Radio-Canada cet après-midi du jeudi, 4 mai 2017, vers 15h15, au 106,3, à Québec.

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