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Que vaut un diplôme universitaire? Il faut se poser la question, froidement.

Au moment où plus de gens que jamais —ici et ailleurs— en obtiennent un, la valeur du “papier” obtenu au terme de quelques années de baccalauréat, de maîtrise ou de doctorat s’avère inégale, pour ainsi dire. Les diplômés les plus débrouillards (ou chanceux) trouvent le moyen de monétiser davantage leurs “études supérieures” alors que les autres, souvent malhabiles pour se vendre aux employeurs, n’arrivent pas à capitaliser sur leurs nouvelles connaissances “reconnues” une fois propulsés sur le marché de l’emploi.

Pourquoi faut-il s’interroger sur la valeur d’un diplôme universitaire? Parce que le ministère de l’Éducation du Québec (MELS) a favorisé les enseignements qui mènent aux études supérieures et ce, depuis la maternelle.

En clair, le tronc principal de l’éducation a tout à voir avec l’avancement académique vers le proverbial Saint Graal éducatif, soit l’éducation universitaire.

Qu’est-ce que nos enfants du primaire apprennent, en premier lieu? Les langues et les mathématiques. Deux matières fondamentales pour l’accès à la plupart des programmes de formation universitaire. Les autres matières comme la géographie, l’histoire, les sciences, la morale, les langues secondes et l’éducation physique pimentent un peu le cursus académique de nos enfants mais pour l’essentiel, il est question de français et de maths, pour nos enfants québécois.

Qu’est-ce qu’il y a de mal avec ça?

Rien… et tout, à la fois.

Il n’y a rien de mal à apprendre le français ou les mathématiques. Après tout, l’usage correct du français facilite l’expression des idées et l’acquisition de nouvelles connaissances alors que les mathématiques, cette langue universelle chiffrée, permettent de mieux prendre la mesure de notre monde… et de nos idées.

Mais…

Alors que nous ne sommes même pas capables de prédire à quoi ressemblera notre monde dans cinq (5) ans, comment pouvons-nous savoir à quoi ressemblera le monde lorsqu’un enfant de 1ere année aura reçu son diplôme de baccalauréat, dans quelques quinze (15) longues années. Pire encore, comment pouvons-nous déterminer quels enseignements cet enfant a besoin pour faire face à des défis professionnels largement imprévisibles, dans trente (30) ou quarante (40) ans?

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Vu de cet angle, c’est absolument essentiel que les mandarins du MELS qui s’affairent à tout standardiser (voire, à niveler vers le bas) pour produire une main d’œuvre qualifiée, au plan académique, cessent de faire passer leurs idéaux éducatifs avant les impératifs de préséance de la créativité (et du processus créatif) des enfants.

Tout le monde s’entend sur l’immense capacité créative de nos enfants et pourtant, en tant que parents, on se voit contraints d’accepter que des “programmes” conçus pour “standardiser” les enfants prennent presque TOUTE LA PLACE dans leur vie éducative, tuant graduellement leur propre capacité à faire appel à leur côté créatif ou alors, de façon marginale alors que ça devrait être le principal fil conducteur du processus d’apprentissage, dans son ensemble.

Après tout, certaines personnes éduquées gagnent bien leur vie mais ceux qui réussissent le mieux sont généralement créatifs et conséquemment, débrouillards.

Dans le futur —un futur où nos enfants auront à concurrencer des “étrangers” plus que jamais dans notre histoire— cette capacité à créer sera ESSENTIELLE pour ne pas glisser dans une sorte de tiers-monde fonctionnel où des étrangers viendront nous vendre leur génie mais où nous aurons perdu, lentement mais sûrement, notre réflexe de créateurs ce qui, de manière tragique, aura des conséquences dévastatrices sur la vie de nos enfants.

Aucun parent québécois ne veut que ses enfants qui, par exemple, diplômeront en informatique soient forcés de surpasser des docteurs en informatique, basés en Inde, qui font un excellent travail pour… 100$ par semaine (c’est le tarif actuel alors on peut penser que quelqu’un d’autre offrira ses services à un coût similaire, dans le futur). Nous avons été témoins de la délocalisation massive de notre base industrielle vers l’Asie et la principale raison est que nous n’avons pas été assez CRÉATIFS pour nous DIFFÉRENCIER de notre compétition internationale.

En clair, les universités nous ont floué. Elles nous ont MENTI lorsqu’elles nous ont dit que leurs diplômes avaient de la valeur. C’était un mensonge alors qu’elles savaient très bien que ce diplôme était émis à tellement de monde que l’absence de rareté lié au “papier” minait toute chance d’une négociation fructueuse entre un diplômé et un employeur. Après tout, pourquoi payer un universitaire 80,000$ par année alors que dix (10) autres diplômés se battent pour occuper le poste à quelques 30,000$ par année — c’est exactement ce qu’on observe comme résultante d’une université LÂCHE et en manque d’inspiration qui a défendu le modèle de “standardisation à tout prix” du MELS… notre société souffre, en ce moment, parce qu’on a dit aux enfants d’arrêter de CRÉER afin de mettre tous leurs efforts pour acquérir des connaissances or, dans “le vrai monde”, c’est la rareté d’un savoir qui le rend hautement monnayable. Vous voyez l’ampleur de l’arnaque universitaire CONTRE nos enfants?

Et ce manège profondément hostile à la créativité détruit les enfants, leurs rêves et leur confiance en eux qui, disons-le, facilite le processus créatif. Quel professeur du primaire acceptera qu’un enfant déroge du “programme” pour explorer des manières créatives d’utiliser les mathématiques? Aucun. Tous les professeurs veulent garder leur emploi alors ils ne dérogeront pas des directives provenant du MELS surtout que, comble de l’ironie, leur diplôme ne vaut rien (si ce n’était de leurs conventions collectives bétonnées) tellement il y a de jeunes professeurs (et surtout des femmes-professeures) prêts à prendre leur place au moindre signe de congé prolongé. Alors, si un professeur déroge du programme et se fait prendre à OSER valoriser la créativité, chez les enfants, il risque gros. Et entre leur salaire, agrémenté de trois longs mois de vacances payées et le futur des enfants assis devant eux, pour la quasi-totalité des professeurs, le choix est facile. Ils choisissent de donner préséance au programme et piétinent tout élan de créativité qui, selon leur perspective pourtant sévèrement limitée, aurait “ralenti” la classe et nuit à l’acquisition des connaissances (ou au “développement des compétences transversales”) du programme.

Vous voyez comme c’est pervers, cette grosse mécanique de standardisation qui n’a AUCUN RESPECT pour nos enfants ou leur avenir?

Les enfants viennent au monde endettés et paient à prix d’or les salaires des professeurs qui leurs relaient cette (principalement) malveillante standardisation éducative qui envoie continuellement le message que les apprentissages en classe ont plus d’importance que la créativité, le processus créatif et la débrouillardise (et donc, la sagesse de savoir apprendre de SES erreurs pour mieux réussir, la prochaine fois).

Certains professeurs, plus intelligents que les autres, ont compris à quel point il était urgent de sauver les enfants de cet immense naufrage social qui continue de se produire, à chaque jour. Ces professeurs vont parfois jusqu’à déroger du “programme” dans leur classe afin de mettre, justement, l’accent sur l’incroyable talent des enfants à imaginer le monde avec une perspective hautement créative qui au fil du temps, devient un puissant facteur de motivation qui valorise l’éducation, dans son ensemble.

Lorsqu’on adapte l’éducation aux enfants et à leur propension naturelle à créer, on leur rend un immense service. On leur apprend à penser par eux-mêmes et dès lors, on valorise leur vision du monde. Cette vision du monde sera celle pour laquelle ils développeront des capacités de création et donc, de commercialisation… destiné à notre coin du monde et probablement tout aussi utile ailleurs.

C’est bien beau l’économie du savoir mais avant tout, c’est l’économie de la créativité qu’il faut valoriser et primer.

Pour réussir, il nous suffit de réaligner nos priorités éducatives à la faveur de les divers flux créatifs (et les types d’intelligence qu’ils sous-tendent) afin d’y attacher des grappes de connaissances fondamentales qui aident à donner forme à la rivière d’idéation qui émane de nos enfants québécois.

Le MELS a un rôle à jouer mais puisque les fonctionnaires qui y travaillent ont PEUR de questionner l’ordre établi (des peureux qui n’ont pas le COURAGE de défendre le droit à la créativité de NOS enfants) et que les élus qui sont à la tête de cette proverbiale Tour de Babel se cachent la tête dans le sable pour mieux ignorer la saignée de décrochage dans l’actuel système qu’ils disent “efficace”, c’est aux parents qu’il revient de réclamer une éducation où il fait bon créer, imaginer et penser librement.

Le processus créatif a sa place dans notre système d’éducation et nos enfants savent déjà comment l’utiliser pour faire leur marque, dans leur monde et plus globalement, dans LE monde. Laissons à nos enfants l’espace créatif dont ils ont besoin pour mettre de la magie dans chaque instant de leur journée.

Plus fondamentalement, donnons à nos enfants les outils essentiels dont ils auront besoin pour se tailler une place de choix dans le monde de demain. Nos enfants devront miser sur leurs forces et en misant sur la créativité, il me semble que nous leurs donnons bien davantage de chances qu’en misant sur la “standardisation”!

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